Quand j'étais enfant, j'accompagnais ma mère dans les boutiques de Soissons. Nous allions chez le boucher, le boulanger, le quincailler, à la mercerie, et à chaque fois je me plaignais car cela durait de très longues minutes.
Les commerçants discutaient avec les clients et chacun prenait le temps de se parler, de vivre, d'échanger et de rire.
Puis j'ai vu ces boutiques fermer les unes après les autres et la pieuvre des hypermarchés jaillir de terre.
J'ai aimé me promener dans ces grandes surfaces où l'on pouvait trouver l'utile et l'inutile, de tout et n'importe quoi.
Cela ne m'a plu qu'un temps.
Aujourd'hui, le commerçant ne sait plus dire qu'une chose: " Vous règlez comment? Par chèque ou par carte bleue?"
Le commerçant d'autrefois a pratiquement disparu.
On a affaire à des conseillers qui sont parachutés dans des rayons précis pour nous inciter à acheter tel ou tel produit, mais qui n'y connaissent eux-mêmes pas grand chose.
Ils ne cherchent pas à vous vendre le meilleur, mais ils veulent mettre dans notre chariot telle marque ou telle autre et qu'importe si ce qu'ils vous vendent est infecte, médiocre, de mauvaise qualité. On les paye (peu!) pour nous pigeonner et on ne les autorise surtout pas à réfléchir.
Moi, j'en ai assez d'aller en grande surface.
J'ai de plus en plus de mal à supporter de faire mes achats en étant bousculée par des quidams, en entendant brailler des gosses mal élevés, en devant supporter les ménagères et les pépettes tombées dans leur parfum à deux balles, les petits vieux qui resquillent aux caisses, les familles qui bouchent tout l'accès à un rayon, les caissières éteintes et malaimables, les mémères qui tripottent tous les fruits avant de n'en prendre aucun, les portiques qui sonnent parce que j'ai oublié de découper l'étiquette de mon pantalon acheté chez Décathlon...
Mais je n'ai cependant plus le choix.
Alors, comme une majorité de français, je fais la queue une fois par semaine et je me nourris de toutes ces salopperies qu'on nous vend en taisant le plus possible ce qu'elles contiennent et comment elles ont été mises au point mais en les enrobant d'emballages clinquants et attirants.
Je traverse le parking en poussant rapidement ce chariot dédordant de victuailles et de produits divers et variés pensant comme à chaque fois que je ne remettrai plus les pieds dans cet endroit que je déteste tant...
Je range les achats dans le coffre de ma voiture et m'en retourne chez moi, vaincue par cette société de consommation de masse.